Coaching Cognitif Clarification 10.
- Didier Naud
- 28 sept. 2023
- 4 min de lecture

Mémoire épisodique.
Créé par Endel Tulving le concept de mémoire épisodique se réfère à la capacité que possède un sujet de se reporter vers un événement passé qu’il a personnellement vécu et de revivre mentalement cette expérience. Cette capacité met en jeu une forme de conscience spécifique qui accompagne la récupération épisodique : « la conscience autonoétique » autrement dit la conscience de revivre mentalement une expérience dont j’ai été le sujet.
La mémoire épisodique « cette merveille de la nature » selon Tulving est alors définie comme la composante de la mémoire à long terme qui nous permet d’encoder, de stocker et de récupérer les événements personnellement vécus et situés dans un cadre spatio-temporel précis.
Si l’on s’attache à « cette merveille de la nature » on peut faire deux remarques importantes.
1. La récupération d’un souvenir épisodique implique un voyage mental dans le temps en nous transportant non seulement dans notre propre passé phénoménologique, mais aussi, de façon plus inattendue lorsque l’on parle de mémoire, en nous permettant également de prévoir et d’imaginer notre propre futur (sentiment de pré-expérience).
2. De la perception de soi dans le moment présent, comme continuité de soi dans le passé et prélude de soi dans le futur émerge le sentiment subjectif d’identité. La chronesthésie est la conscience du temps subjectif qui s’étend du passé lointain au futur lointain.
Si l’on admet l’idée de voyage mental dans le temps, telle qu’elle a été définie par Tulving, on peut considérer que la mémoire épisodique va jouer un rôle important dans nos capacités d’anticipation ou de projection. Elle diffère de la mémoire sémantique et de la mémoire autobiographique qui participent également de la capacité d’un être humain à imaginer et prévoir un futur. A cet égard les dernières études des neurosciences montrent à la fois que ces mémoires renvoient à des aires cérébrales différentes (cortex préfrontal médian, temporal latéral, lobe temporal médian…par exemple) et constituent un réseau commun impliqué dans le rappel de souvenirs épisodiques et la simulation d’événements futurs.
Mémoire sémantique.
La mémoire sémantique désigne la capacité de connaitre des faits non nécessairement autobiographiques, sous forme de représentations qui ne sollicitent pas la réactivation mentale d’une quelconque expérience passée.
Depuis longtemps logiciens et philosophes ont établi une distinction entre deux types de souvenirs, et partant deux formes de mémoires (par exemple Bertrand Russell « L’analyse de l’esprit » 1921 et Henri Bergson « Matière et mémoire » 1896).
D’une part nous sommes capables de nous souvenir de manière impersonnelle de faits historiques ou contemporains dans lesquels nous sommes impliqués ou non. Ainsi je me souviens que Ludwig Van Beethoven est mort en 1827 et qu’enfant j’étais sujet à des crises d’asthme.
D’autre part nous sommes également capables de nous souvenir, de l’intérieur, d’épisodes plus ou moins spécifiques de notre vie personnelle passée. Dès lors je me souviens très bien de mon premier vol en parapente.
La psychologie et les neurosciences ont, dans une large mesure, validé cette distinction, en découvrant que la mémoire des faits (sémantique) et la mémoire des événements de son propre passé (épisodique) sont sous-tendues par des réseaux fonctionnels et neuronaux différents.
La mémoire sémantique se rapporte aux faits et événements généraux du monde, aux contextes de vie et d’action qui ne sollicitent pas l’expérience vécue de l’être humain mais qui contribuent à la construction de son environnement propre. Les liens entre la mémoire sémantique et l’expérience vécue se nouent dans la mémoire autobiographique.
Mémoire autobiographique.
En simplifiant quelque peu il est possible de décrire la mémoire autobiographique comme une combinaison active de la mémoire sémantique et épisodique.
La mémoire autobiographique peut se définir comme un système de mémoire qui sous-tend l’encodage, la consolidation, le rappel des événements et des faits personnels, venant forger la perception et la représentation de soi.
Deux composantes peuvent se distinguer dans la mémoire autobiographique ;
- Les souvenirs épisodiques liés à des événements spécifiques situés dans le temps et l’espace : je me souviens de mon premier entretien d’embauche.
- Les connaissances sémantiques plus conceptuelles qui portent simultanément sur des événements généraux - je me souviens de mes différents postes de manager fonctionnel- et sur soi – je connais mes valeurs et objectifs managériaux.
Si l’on veut bien appréhender la notion de mémoire autobiographique, il faut s’intéresser aux connaissances sémantiques personnelles (événements généraux rapportés à soi). Ces connaissances proviennent de la sémantisation des expériences vécues (épisodiques) au fil du temps et des répétitions d’expériences similaires : l’expérience intime se contextualise peu à peu, elle entre dans le monde des faits et événements généraux. Cependant malgré cette tendance, certains souvenirs très anciens conservent leur nature épisodique.
En simplifiant on peut décrire le fonctionnement de la mémoire autobiographique comme suit.
- Cette mémoire contient des souvenirs qui sont sans cesse reconstruits selon des représentations hiérarchisées (niveaux généraux et niveaux spécifiques).
- Elle agit en fonction de mécanismes cognitifs qui sont liés aux représentations du soi (conceptualisé).
- Elle s’appuie sur deux formes de conscience : celle de revivre mentalement des expériences dont j’ai été le sujet et celle qui engendre un sentiment de familiarité et de savoir sans souvenir associé.
Un trait éminemment caractéristique de la mémoire autobiographique est le sentiment de familiarité par rapport à un fait, un événement, un personnage, sans souvenir associé.
Lorsque l’on met en liaison les trois formes de mémoire évoquées et les capacités d’anticipation et de projection de l’être humain, on peut s’intéresser (notamment) à trois types de processus cognitifs, de modes d’action, qu’il convient de privilégier.
1. L’évocation et la valorisation de l’expérience vécue fondent la projection vers le futur (voyage mental).
2. La sémantisation de l’expérience vécue (événements généraux rapportés à soi) favorise la construction du sujet (du soi) et son inscription dans un temps cohérent.
3. Le sentiment de familiarité induit par la mémoire autobiographique, participe aux mécanismes de construction du passé et du futur.
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